Elle me regarde : la séance est finie, nous nous saluons. Elle me tend la main. Je suis arrêté par son regard. Il se transforme en
désir impérieux. Je pousse la jeune femme contre le mur en la serrant contre moi.
Nous nous retrouvons en plein ciel, dans l’espace, en apesanteur, enlacés. Nous avons fait/allons faire/faisons
l’amour. Il n’y a plus de temps dans ces immensités gelées et obscures à jamais.
Les moments magiques n'ont que peu de durée : de nos cieux sans lumière, nous chutons sur la planète Terre. Je plonge seul, comme
un parachutiste, à une vitesse terrifiante. Vers la mer.
Je vais m’y écraser et disparaître. Et mourir.
Je vois la surface arriver à une allure phénoménale.
L’impact est très violent, c’est une explosion, un écrasement. Dans le même temps, il n’y a
pas de bruit ni de douleur, pas de traversée de la surface : je suis sous l’eau. Elle
est douce au contact, tiède et salée. Je vais mourir noyé. Sans appréhension particulière de la mort qui arrive, juste un peu inquiet de la souffrance de la noyade.
Dans ce monde sans sens, ni dessous, ni dessus, un masque apparaît. C’est le même que les masques-totem confectionnés par des jeunes
allemands en hommage à Arminius qui vainquit les légions de Varus et arrêta le cours de l’histoire. Ce masque est aussi elle. A la fois dame et masque.
Le totem-femme me tends un objet : c’est un bâton, un témoin utilisé dans les courses de relais en athlétisme. Avec ce
geste, elle me dit :
- Tu sais ce que tu
sais
Je sais que ces paroles sont capitales, que c’est la vérité. Plus exactement ma vérité. Mais je ne comprends
rien.
La vérité s'échappe toujours
: je me retrouve dans son bureau, assis face à elle. Un sac de sport rouge à mes
pieds. J’y prends une machette. Je suis furieux, je me lève et sabre à deux mains la queue de l’oiseau. Le tableau, "la grande famille" de Magritte a été pulvérisé : on ne voit plus que le haut,
l'oiseau, qui peut enfin voler, et le bas, la mer enfin calmée.
L’impact est si violent qu’il détruit le mur, comme un obus perforant une cloison. Derrière ce mur ouvert, il y a le
psychologue aux cheveux gris. Il est seul, debout, effrayé et abasourdi. Je suis à la fois dans les deux bureaux. Je hurle comme un dément :
- Toi ta gueule ! Fais pas chier sinon je te coupe !
Je sais que s’il bouge un seul doigt, je vais passer par le trou et à travers le mur pour le massacrer en m’acharnant sur lui. Je sais qu’il le sait. Il est tétanisé.
Je me tourne vers elle, complètement fou, couvert de sang. Je ne crois pas avoir tué ce monsieur mais c’est peut
être son sang. Ce qui est sûr c’est qu’il y a du sang de règles. Peut être que tout ce sang vient de là ?
Elle, elle est assise imperturbable, un calepin sur les genoux, un stylo à la main. Elle fait :
- Hum hum
Ca m’exaspère qu’elle sache tout et moi rien et que je ne puisse rien faire contre
cela.
Même couvert de sang, même fou et furieux je sais que si je la tue, la vérité disparaîtra pour toujours.
Son ventre sonne
C’est mon réveil. Au travail !
Une nouvelle journée commence.
Commentaires